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Entre vigne et embruns, une croisière à déguster sans modération


Des fleuves (la Dordogne et la Garonne) jusqu’à l’estuaire de la Gironde, la croisière offre un voyage aux deux visages : la rencontre des vins de Bordeaux, un terroir d’exception ainsi que la découverte des villes et des sites naturels de la côte atlantique. Carrément gouleyant !

1 – Bordeaux à portée de main

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Depuis le quai des Chartrons où est amarré le MS Cyrano de Bergerac, Bordeaux est à portée de main ou, plutôt, de jambes. Il suffit de longer le fleuve pour gagner le centre-ville historique. La promenade alterne jardins, terrasses de cafés et anciennes façades de négociants rappelant le riche passé commercial de la ville. Pour accéder aux ruelles du vieux Bordeaux, il faut traverser des places : celle des Quinconces (la plus grande place d’Europe en espace ouvert urbain) ou bien celle, majestueuse, de la Bourse, qui fait le bonheur des touristes avec son miroir d’eau. Longtemps surnommée « le Port de la Lune » en raison de la courbe en croissant qu’y dessine la Garonne, Bordeaux a entamé une profonde rénovation urbaine à partir de la fin des années 1990, notamment sous les mandats d’Alain Juppé. En 2011, lorsque CroisiEurope fut la première compagnie touristique fluviale à venir naviguer sur la Garonne, le maire de la cité monta à bord pour l’inauguration. Une vraie reconnaissance.

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Mais, pour le MS Cyrano de Bergerac, il est temps de prendre le large. Première étape à franchir ? Le spectaculaire pont Jacques-Chaban-Delmas (575 mètres de long) dont la travée centrale peut s'élever jusqu'à une hauteur d'environ 53 mètres afin de laisser passer les grands voiliers et les paquebots.


Sur la rive, le paisible Fort Médoc arrive très vite. Au temps de Louis XIV, cette fortification, construite sous la direction de Vauban, constituait, avec le Fort Paté et la Citadelle de Blaye, un redoutable dispositif défensif… qui n’a jamais essuyé le feu du moindre combat. Aucune flotte ennemie n’ayant jamais tenté de forcer le « Verrou de l'estuaire »…, aucun coup de canon n’y a jamais été tiré. Aujourd’hui encore, les pierres silencieuses du fort rappellent cette étrange et paisible victoire. La nuit promet donc d’être calme.


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2 – Médoc, le vertige de la vigne


Nous avons descendu la Garonne, voilà venu le moment de remonter le temps au fil des plus grands millésimes du Bordelais. Nous arrivons dans le saint des saints. Le Médoc concentre en effet 60 des 61 Grands Crus Classés de 1855 et quatre des cinq Premiers Grands Crus Classés (Lafite Rothschild, Latour, Margaux et Mouton Rothschild).


Les vignobles se visitent en parcourant la D2, surnommée la Route des Châteaux, sans doute la plus prestigieuse route des vins au monde. En Aquitaine, on voit grand. La moindre propriété (il y en a près de 6 000) se targue de posséder un château. Mais, ne rêvez pas. Ici, rien ne ressemble à Chambord ou Guédelon, pas d’escalier à double hélice ou de remparts nantis de meurtrières. Il ne s’agit, bien souvent, que d’élégantes maisons de maître élevées sur un domaine. La Route des Châteaux se situe dans une autre catégorie. Ici, à chaque virage, apparaissent de majestueuses demeures de pierre blonde, bordées d'allées de cèdres, de grilles monumentales ou de chais ultramodernes.

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À l'entrée de Saint-Estèphe surgit l'étonnante silhouette de Cos d'Estournel, dont les pagodes orientales, les dômes sculptés et la gigantesque porte venue d'Inde valurent à son fondateur, Louis-Gaspard d'Estournel, le surnom de « Maharadjah de Saint-Estèphe ». À Pauillac se dresse le Château Pichon Baron, reconnaissable à son élégant château d'inspiration Renaissance flanqué de deux tourelles qui dominent aujourd'hui les vignes.

Et il y a tant d'autres domaines. Tant de prestige, tant de saveurs qui donnent le vertige. Sur cette presqu'île désespérément plate, la vigne règne en maître. Dominée par le cabernet-sauvignon, elle s'épanouit sur les croupes de graves, ces modestes buttes de galets et de graviers qui constituent les meilleurs terroirs du Médoc.



3 – Royan, Rochefort, La Rochelle… Trois ambiances à la découverte de la côte atlantique


La veille, en fin d’après-midi, le MS Cyrano de Bergerac s’est sagement rangé dans le port de Royan, tout au bout de l’estuaire. Comme Caen ou Le Havre, la ville, seulement libérée en avril 1945 (quatre mois après Strasbourg), a été quasiment rayée de la carte par des bombardements alliés qui se révélèrent bien plus dévastateurs qu’efficaces. Mais, dans les années 50, cette pionnière du tourisme maritime est revenue à la vie dans le style propre à l’époque : le béton et une griffe art déco qui lui confèrent aujourd’hui son identité.


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Pour nous, elle fera office de camp de base pour remonter la côte et céder aux sirènes de l’Histoire. Première étape ? Rochefort et son arsenal royal. D’ici, La Fayette partit aux Amériques à bord de l’Hermione. Ici, sous Louis XIV, la France rêva d’écrire un destin maritime. Le symbole le plus spectaculaire de cette ambition est la Corderie royale, édifiée entre 1666 et 1669. Longue de 374 mètres, elle était alors l'un des plus vastes bâtiments industriels d'Europe. Sa longueur permettait de fabriquer les aussières destinées aux plus grands vaisseaux. Il fallait à l’époque plus de 80 kilomètres de cordes par navire.

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Le port des Minimes avec ses 5 000 anneaux, son hôtel de ville aux style Renaissance et aux allures de château miniature, le vieux Port avec deux tours médiévales… La Rochelle pourrait n’être qu’une carte postale. Mais cette ville, qui a dessiné son bonheur entre pierre et océan, a trouvé un juste équilibre entre les embruns du passé et le vent de l’avenir. Résolument écolo, elle a été, en France, la première à mettre en service des vélos à destination de ses citoyens : les fameux vélos jaunes. La cité, qui se parcourt à pied, respire d’une certitude : il fait bon vivre ici.

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4 – Saint-Émilion, une cave à ciel ouvert

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Un vignoble chasse l’autre. Depuis Libourne, nous rejoignons Saint-Émilion. La taille de ce village d’à peine 2 000 habitants est inversement proportionnelle à sa réputation. Connu dans le monde entier, Saint-Émilion constitue une immense cave à ciel ouvert. Son vignoble couvre environ 5 400 hectares. Chaque année, près de 250 000 hectolitres de vin, près de 30 à 35 millions de bouteilles, sortent des chais. Une armée d’ambassadeurs qui part ensuite conquérir les tables du monde entier et qui invite de nombreux touristes à venir découvrir les lieux. Comme eux, nous allons de surprise en surprise.

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Ici, chaque ruelle semble avoir été dessinée par un tailleur de pierre passionné de labyrinthes : on monte, on descend, on tourne à gauche, à droite… et l’on finit toujours par tomber sur une vigne ou une bouteille.


C’est un ermite, Émilion évidemment, qui, le premier, trouva ici son chemin au VIIIᵉ siècle.


Pour les amoureux du vin, comme pour les autres, une promenade dans Saint-Émilion tient donc du pèlerinage.


D’autant que nous faisons étape, au frais, dans l’étonnante église monolithe. Poussons la porte, le bruit de la ville disparaît. Devant nous s’ouvre une immense cavité creusée directement dans le calcaire. Ici, les hommes n’ont pas bâti une église : ils l’ont extraite de la roche. Entre le XIᵉ et le XIIᵉ siècle, les carriers ont retiré des milliers de mètres cubes de pierre pour créer ce sanctuaire hors norme. Nous sommes dans le rocher, dans un bâtiment religieux aux allures de cave. Nous n’y trouverons pourtant pas la moindre bouteille de Saint-Émilion.


5 – Les surprises de Roquetailles et de Sauternes

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Après la Dordogne, nous remontons la Garonne, l’autre fleuve qui contribue à former l’estuaire de la Gironde. Direction Cadillac où nous passons rapidement.

Si, un temps, les remparts du château de Roquetaillade ont servi à repousser les assaillants, ils ont depuis endossé un autre rôle : attirer nombre de cinéastes. Pour ne citer que les exemples les plus connus, Louis de Funès est venu y affronter « Fantômas » (1961) tandis que, plus tard, « Le Pacte des Loups » (2001) y a montré ses crocs.

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Bref, même s’il n’est jamais venu, le visiteur ne se trouve pas ici en terre inconnue. La bâtisse est spectaculaire. Les spécialistes y voient une rénovation majeure et remarquablement aboutie, menée au XIXᵉ siècle par l’emblématique Viollet-le-Duc. Le simple quidam s’y promène avec une âme d’enfant. Des remparts, un pont, des tours, un peu de mystère… Tout y est.


Plus loin, il est temps de tremper ses lèvres dans un verre jaune doré de sauternes, peut-être le plus étonnant des vins. Avec lui, pas le choix. Soit il se précipite d’entrée avec le foie gras, soit il se fait désirer jusqu’au dessert. Là où d’autres cherchent fraîcheur et légèreté, il assume son côté gourmand. Grâce à un champignon, le Botrytis cinerea, au surnom peu engageant de pourriture noble, le sucre y règne en maître. De 120 à 150 grammes par litre, davantage que nombre de vins liquoreux, notamment les Gewurztraminer vendanges tardives. Cette extravagance a un prix : un rendement extrêmement faible. S’il atteint entre 40 à 55 hectolitres par hectare pour un bordeaux classique, il plafonne à un maximum de 25 hectolitres en Sauternes. Bref, avec lui, il faut savoir faire durer le plaisir.

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6 – Bassin d’Arcachon et Dune du Pilat, au sommet de la nature


Depuis Bordeaux, il est temps de mettre le cap sur un autre versant de la côte atlantique. Cap au sud, comme nombre de Bordelais, vers le bassin d’Arcachon. Au mitan du XIXe siècle, les frères Pereire ont fait d'Arcachon la grande station balnéaire que l'on connaît aujourd'hui. Avec ses villas aux architectures des plus extravagantes, son front de mer interminable, celle-ci s’est tout de suite imposée comme un lieu de rendez-vous chic, un brin snob. Nous embarquons pour une croisière sur le bassin. Le Cap Ferret, l'île aux Oiseaux chantée par Pascal Obispo, un enfant du pays, ou les célèbres cabanes tchanquées… La majesté et le calme de ce site naturel unique nous font tout oublier. Les vagues de l’Atlantique n’arrivent pas jusqu’ici. À marée haute, les bateaux semblent flotter sur un miroir. À marée basse, le paysage se transforme complètement, dévoilant des bancs de sable à perte de vue. Le silence n'est troublé que par le cri des mouettes, le clapotis des coques ou le ronronnement d'une pinasse, cette embarcation traditionnelle qui fait partie de l'âme du bassin.

Il ne faut pas laisser passer l’occasion. Nous dégustons des huîtres, plus charnues et au goût plus prononcé que celles de Marennes-Oléron.

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Le plus dur, le plus beau également, nous attend ensuite, avec l’ascension de la Dune du Pilat, la plus haute d’Europe (plus d’une centaine de mètres). La montée a beau avoir été aménagée, les mollets souffrent. Que de sable ! Dire qu’au XVIIIe siècle, il y avait tout juste ici de quoi faire un (énorme) château de sable. Mais le vent et la mer ont fait leur œuvre. Lentement, sûrement, cette « montagne toujours en mouvement » (2,7 km de long, 500 m de large, 60 millions de mètres cubes) progresse chaque année de quelques mètres. Alors, peu importe si l’on arrive au sommet avec le souffle court. Car le spectacle est à la hauteur de l’effort.

D’un côté, le bleu de l’océan se confond avec celui du ciel. Le banc d’Arguin tresse des langues de sable blond. De l’autre, le vert de la gigantesque forêt des Landes, une mer de pins qui semble ne jamais finir. Pour le visiteur, le retour est heureusement plus facile. De la dune, nous redescendons avec des kilos de grains de sable dans les chaussures et des poussières d’émerveillement plein les yeux.

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7 – Une croisière, deux mondes


Dernier jour. Depuis le quai des Chartrons, nous saluons une dernière fois Bordeaux. Posée sur les quais de la Garonne, la Cité du Vin, une voisine au look étrange, nous rappelle que nous avons parcouru un vignoble d’exception. Nos palais en conservent les arômes, même si cette croisière, qui nous a ouvert d’autres horizons, nous a appris à mettre de l’eau dans notre vin… Au fil des dégustations, nous avons en effet parcouru la Garonne et la Dordogne, qui joignent leurs cours au bec d’Ambès, avant de se jeter dans l’estuaire de la Gironde. Plus vaste estuaire d’Europe occidentale (635 km2, 75 kilomètres de long et 12 km de large au maximum), celui-ci constitue un espace unique. Ici se rencontrent l'eau douce de deux fleuves et l'eau salée de l'océan, les paysages sont façonnés par l’alternance des marées.

Face à la mer ou au cœur des terres, entre vignes et villes… Le sud-ouest de la France a beaucoup à offrir. La côte atlantique n’est pas seulement un lieu de villégiature où l’on étend sa serviette de bain sur le sable de plages s’étendant à perte de vue. Ses richesses méritent d’être parcourues, découvertes. Venus en curieux, nous repartons avec une foule de souvenirs. Car, comme les grands bordeaux, le Sud-Ouest révèle toute sa richesse avec le temps : une longueur en bouche qui donne envie d’y revenir.





Auteur

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Journaliste, Philippe Marcacci connaît bien les navires et les destinations de CroisiEurope. Il a accompagné de nombreuses croisières.



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